lundi 7 mars 2011

Séminaire d'histoire du livre

Séminaire "Auteur, traducteur, collaborateur, imprimeur... 
Qui écrit?
La prochaine séance du séminaire
"Auteur, traducteur, collaborateur, imprimeur...
Qui écrit ?"
aura lieu le
mercredi 9 février 2011
à 17h00

Philippe Guérin,
Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
"Celui qui écrit le dialogue en est-il l'auteur?
Remarques sur l'écriture dialogique
en Italie à la Renaissance"

Organisation du séminaire:
Martine Furno, Raphaële Mouren

Entrée libre sans inscription
Les séances ont lieu de 17h à 19h à l'enssib, salle N.1.29
17-21 bd du 11 novembre 1918 - 69623 Villeurbanne cedex - 04 72 44 43 43
Tramway T1 "Université Lyon 1" - Bus 59, 59E, 70 "Stalingrad Parc"

Communiqué par Raphaële Mouren
maître de conférences à l'Enssib,
Présidente, IFLA Rare Books and Manuscripts Section

Conférences d'histoire du livre

École pratique des Hautes Études
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 7 février 2011
14h-16h
Histoire des bibliothèques à la période moderne (3):
les bibliothèques dans la ville (3)
Les bibliothèques des institutions scientifiques (suite et fin) : la mise en place d'instruments professionnels dans les écoles de chirurgie, musées d'histoire naturelle et hôpitaux au XVIIIe siècle. Les bibliothèques méridionales (1ère partie) : savants et bibliophiles, entre Aix et Montpellier.
par
Madame Emmanuelle Chapron,
maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille
chargée de conférences à l’EPHE
16h-18h
Le bibliothécaire en politique:
Pierre Claude François Daunou
par
Monsieur Frédéric Barbier, directeur d'études
Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage, salle 123).
Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2010-2011.

Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterand).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur ce blog).

Cliché:  P. C. F. Daunou, buste par David d'Angers (Galerie David d'Angers, Angers. Cliché Fabrice Pluquet: http://www.trekearth.com/members/loupiot/).

Histoire du livre et définition du patrimoine

Qu’est-ce que le patrimoine, et en quoi ce concept a-t-il à voir avec les fonds des bibliothèques, dont l’histoire est connue pour sa complexité?
«Patrimoine»: le mot est devenu très à la mode depuis les années 1980, mais on sait que les catégories sont paradoxalement d’autant plus mal connues qu’elles sont plus célèbres, donc plus banales. Les formules faisant référence à «patrimoine» se multiplient, qui débouchent souvent sur une forme de revendication découlant d’un état de nature ou d’évidence (la «légitimité» du patrimoine, ou encore la fierté des «racines»).
Avouons au passage que nous n’approuvons pas la tendance qui consiste à utiliser un terme «en vogue» là où un autre, pourtant adapté, sera négligé parce que paraissant moins «porteur»: par exemple, dans le Bulletin des bibliothèques de France, dans la formule «Valoriser le patrimoine des revues en sciences humaines et sociales», patrimoine désigne tout simplement le contenu de ces revues (BBF, 2004, t. 49, n° 1, p. 88-89).
Dans ce type de problématique, le recours au lexique est révélateur: le lexique n’est pas neutre ni donné une fois pour toutes, mais il a une histoire. La racine latine (<patrimonium) désigne l’avoir d’une famille ou d’une communauté(<pater, père, au sens large de «chef de famille» plus qu’au sens biologique). Ce qui prime, c’est la définition d’un objet matériel et l’ordre du droit. Dans sa première édition, le Dictionnaire de l’Académie française (1694) s’en tient à cette acception: le patrimoine, c'est «le bien qui vient du père & de la mère, qu'on a hérité de son père & de sa mère».
Ce n’est qu’à l’époque contemporaine que se répandent les acceptions dérivées par analogie ou par métaphore. Complété par une épithète, «patrimoine» s’applique peu à peu à toutes sortes de domaines comme ceux de la biologie et de l’écologie (le patrimoine génétique, voire halieutique, etc.) ou encore de l’ethnologie… et des bibliothèques (le patrimoine livresque). L’acception actuelle la plus courante se rencontre ici, le patrimoine désignant ce qui a été reçu des générations antérieures, et envers quoi on aura une certaine obligation morale de préservation.
L’articulation avec la construction du droit romain explique que l’on ne trouve souvent pas l’équivalent direct du terme dans les langues non-latines, par ex. l’allemand.
Or, un renversement tend aujourd’hui à s’opérer, d’autant plus important qu’il reste mal perçu: le patrimoine n’est plus donné par la collectivité, mais il la définit. Dans la tradition politico-juridique romaine, dans laquelle s’inscrivent les Lumières puis la révolution démocratique, la collectivité nationale se définit comme l’ensemble des citoyens jouissant d’un certain nombre de droits, remplissant un certain nombre de devoirs et constituant par la même cette collectivité.
Après 1789, la «nation» désigne donc une certaine construction politique et juridique, et non pas d’abord un État s’inscrivant dans une géographie déterminée, non plus que la résultante d’un certain nombre de caractéristiques «nationales» telles qu’une langue commune, une religion dominante, une histoire commune, etc. Les «livres nationaux» et les «bibliothèques nationales» de la période révolutionnaire sont à comprendre dans cette acception, d’après laquelle c’est la nation au sens politique du terme qui définit comme tel son «patrimoine national».
La montée en puissance des nationalités à partir de la fin du XVIIIe et surtout au XIXe siècle tendra à recouvrir ce schéma, jusqu’à non seulement l’inverser, mais à faire paraître cette inversion comme naturelle: là où la collectivité définissait son patrimoine, c’est, au contraire, le patrimoine (au premier chef le patrimoine linguistique) qui identifie la collectivité. Débaptiser la Bibliothèque nationale en Bibliothèque nationale de France peut aussi être interprété comme une manière de consacrer ce renversement.
Il n’est pas inutile d’avoir une idée de ces problématiques, parce que le premier patrimoine dont la bibliothèque est le représentant, c’est la bibliothèque elle-même en tant non seulement qu’ensemble de collections, voire de collections anciennes (le patrimoine au sens étroit du terme), mais aussi en tant que structure institutionnelle, en tant qu’espace, en tant que pratique (ou ensemble de pratiques) et en tant que représentation (ou ensemble de représentations). Nous plaidons par conséquent pour une acception large, dans notre domaine, du terme de patrimoine: en relève ce qui est présent dans les bibliothèques à un moment donné, dont on pense que cela a une signification du point de vue de la conservation et dont il importe, le cas échéant, de fournir à nos contemporains des clés pour une intelligibilité possible.
Pour l’historien, tout concept ou phénomène est justiciable d’un processus d’historicisation: il doit être replacé dans un certain contexte, qu’il s’agisse des antécédents, du développement ou de ce qui se produit ensuite, et qui ne relève pas nécessairement de la causalité. Dans cette perspective, le patrimoine non plus n’est pas une donnée a priori, relevant de l’état de nature, mais il est aussi une donnée qui se construit et qui se déploie dans le temps, c'est-à-dire dans la culture et dans l'histoire.

Note bibliographique
Hans-Jürgen Lüsebrink, «Historische Semantik als Diskurspargmatik: der Begriff Nation in Frankreich und Deutschland», dans H.-J. Lüsebrink, R. Reichardt, Kulturtransfer im Epochenumbruch, Leipzig, 1997, p. 851-875. Frédéric Barbier, «Patrimoine, production, reproduction», dans Bulletin des bibliothèques de France, 2004, n° 5, p. 11-20. Trad. italienne: «Fra produzione e riproduzione. Cos’e’ il patrimonio libraio», dans Prometeo. Rivista trimestriale du scienze e storia, 23e année, n° 91 (sept. 2005), p. 16-25.
Cliché: la Bibliothèque du château de Chantilly (détail).

Une plateforme pour les comptes rendus

La Bibliothèque d'État de Bavière (Bayerische Staatsbibliothek) à Munich annonce la mise en ligne (depuis le 21 janvier dernier) de recensio.net, plateforme de recensions d'ouvrages pour la recherche historique européenne: http://www.recensio.net/front-page-fr
Dans la lignée fondée par les grandes revues bibliographiques de l'Ancien Régime, dont au premier chef le Journal des savants, recensio.net est conçu comme une plateforme plurilingue européenne destinée à héberger des recensions de travaux scientifiques d’histoire. Financé par l’Agence allemande pour la recherche (Deutsche Forschungsgemeinschaft), elle associe la Bibliothèque d’État de Bavière à Munich (BSB), l’Institut historique allemand de Paris (IHA) et l’Institut d’histoire européenne de Mayence (IEG).
Le projet repose sur trois axes principaux:
1) recensio.net rassemble d'abord des comptes rendus critiques «classiques». Mais les rédactions de revues classiques publiant des comptes rendus peuvent aussi donner à ceux-ci une plus grande visibilité en les mettant en ligne (en prépublication ou en postdocument). Le site n’exige pas l’exclusivité de ses contenus, mais a pour objectif de rassembler des comptes-rendus souvent épars et difficiles d’accès pour les mettre à la disposition de la communauté des chercheurs. Les comptes rendus sont référencés dans le catalogue thématique et par le biais du moteur de recherche de la plateforme.
2) recensio.net est en route en route vers le « web 2.0 », autrement dit vers le web participatif: en effet, les auteurs peuvent y publier les principales thèses développées dans leurs travaux (articles ou monographies). Des commentaires d’internautes filtrés par un modérateur donneront progressivement lieu à des recensions animées et interactives et à des discussions. Les ressources  scientifiques disponibles sur Internet peuvent aussi être signalées et évaluées, afin de prendre en compte un phénomène de développement continu. Ces procédures semblent plus adaptées aux nouvelles pratiques de travail: si les contraintes de temps empêchent souvent de rédiger un compte rendu en forme, l'ajout d'un commentaire en ligne permet de prendre plus rapidement position sur un aspect particulier de l’ouvrage, y compris dans une discipline connexe (par ex., la sociologie).
3) En règle générale, seuls les monographies ou les ouvrages en collaboration faisaient jusqu'à présent l'objet de comptes rendus. En offrant la possibilité de traiter d'articles isolés, parus dans des revues ou autres, recensio.net souhaite aider ce genre pourtant fondamental à acquérir une position plus centrale dans le discours scientifique.

recensio.net propose par conséquent: une visibilité des comptes rendus largement accrue par l’utilisation de la fonction recherche de la plateforme et par l’accès au catalogue OPAC; une nette accélération du processus de publication, permettant d’être plus en phase avec la parution de l’ouvrage commenté; et, au total, l’adaptation aux pratiques de lecture actuelles, différentes pour les recensions et pour les articles.
La Bibliothèque d’État de Bavière se charge d’enrichir les comptes rendus par l’ajout de métadonnées. Elle garantit le lien avec le catalogue OPAC de la Fédération des bibliothèques de Bavière (BVB), ainsi qu’un archivage pérenne des documents mis en ligne. Tous les contenus sont accessibles gratuitement sans limite de durée. Les comptes rendus critiques publiés se concentrent sur les travaux publiés en Europe et portant sur un ou sur plusieurs pays d’Europe. Les langues de navigation sur la plateforme sont l’allemand, l’anglais et le français, mais les comptes rendus peuvent être rédigés dans toute langue européenne.

Vous pouvez dès à présent participer au projet recensio.net: http://www.recensio.net/ueberuns-fr/mitmachen-bei-recensio.net.
N’hésitez pas à contacter le service: http://www.recensio.net/ueberuns-fr/kontakt
(Communiqué par Raphaële Mouren)

Sébastien Brant et la Stasi

Plus de vingt ans après la chute du Mur de Berlin, et alors que d'autres troubles se propagent dans d'autres pays (la Tunisie, l'Égypte...) à la recherche de plus de démocratie, nous avons beaucoup appris sur l'ancien régime de la République (dite) démocratique allemande, qu'il s'agisse par exemple du véritable élevage auquel étaient soumis les sportifs de haut niveau ou d'une Sécurité d'État omniprésente, la tristement célèbre Stasi (Staatssicherheit).
Face à une répression institutionnalisée, l'expression du mécontentement prend des formes subtiles. On connaît le thème du Narrenschiff (la Nef des fous) de Sébastien Brant: le bruit se répand partout dans le pays qu'un navire va être armé pour gagner le fabuleux pays de Cocagne, la Narragonie. Tous les habitants s'embarquent, et la nef surchargée prend le large. La page de titre de l'édition originale allemande (1494) illustre la scène, reprise à partir de 1497 au titre des éditions latines successives et qui s'imposera rapidement comme un véritable topos.
En République démocratique, le professeur Manfred Lemmer était un des meilleurs spécialistes et éditeurs modernes de Brant, auquel il a notamment consacré une étude sur l'iconographie (Leipzig, 1979). Dans les années 1981-1983, lui-même ou un proche surcharge au crayon une photocopie de la gravure de la nef, de façon à représenter parmi les fous les principales figures politiques du pays. Une seule photocopie du dessin est aujourd'hui connue, dans les archives de l'université de Halle / Wittenberg: le document a servi à Lemmer de support pour une lettre à son collègue Thomas Wilhelmi, alors en Suisse, et il a réussi à passer à travers la censure. Il est probable que d'autres photocopies avaient été réalisées.
Les détails de l'image sont significatifs: la nef va au hasard, sans ancre ni voiles, tandis qu'un phylactère proclame le but de l'expédition, "Ad Narragoniam" (alld. der Narre = le fou. La Narragonie désigne donc le pays des fous). La gravure est attribuée au "Maître de Hainz Narr".
Mais, sur notre variante, l'étendard brandi au centre de la composition porte le symbole de la RDA (les différents motifs des travailleurs: un compas, un marteau, et une gerbe de blé); un fou avec un chapeau et un brassard marqué "mfs" se tient debout au centre: il s'agit d'Erich Mielke, responsable du ministère de la Sécurité d'État (Ministerium für Staatssicherheit). Mielke s'adresse au fou devant lui, également représenté à moitié nu et qui personnifie la justice soumise à la police.
Sur la gauche, la figure du fou tombant à l'eau est reprise de Brant, mais celui qui le pousse est désormais un membre de la police populaire (la VOPO, Volkspolizei) qui brandit une matraque. En arrière, l'homme au crâne chauve et aux lunettes est Erich Honecker lui-même. Il serre le sein d'une femme qu'il empêche dans le même temps de parler. Un ouvrier, le casque sur la tête, est à la proue du navire, mais, comme tous ses compagnons, il regarde en arrière.
Manfred Lemmer a expliqué s'être consacré à Brant et à son Narrenschiff pour mieux supporter le système politique auquel il était quotidiennement confronté. On imagine le danger très réel que pouvait représenter, dans un pays totalitaire, une semblable critique "antipatriotique". Mais le détournement iconographique de la Nef démontre aussi l'actualité constante de la thèse de Brant: sous une forme plus ou moins visible et plus ou moins odieuse, la folie humaine est de toutes les époques.
(Communication de Thomas Wilhelmi, et d'après une étude de Nikolaus Henkel).

Histoire du livre: un support pédagogique...

Nous avons déjà mis en ligne deux petites vidéos humoristiques, la première sur le passage du volumen au codex au (autrement dit, sur les joies du changement de support), la seconde sur le caractère novateur de ce dernier ("révolution dans les médias: le dernier cri?"). En considérant que ce blog a pris depuis un moment une forme très, voire trop sérieuse, nous pensons qu'il peut être temps de mettre en ligne une nouvelle création, découverte un petit peu par hasard sur Internet: une vidéo grâce à laquelle on peut, encore une fois, faire des progrès en linguistique (aujourd'hui, non plus en norvégien ou en portugais, mais plus banalement en anglais), tout en révisant un certain nombre de données, malgré tout assez primaires, sur le personnage de Gutenberg et sur son rôle, sans oublier de s'initier aux nouvelles techniques pédagogiques venues, comme il se doit, du monde anglo-saxon. On appréciera au passage la qualité graphique du montage: Oh Johannes! Yeah Gutenberg! Une manière de commencer la journée avec entrain!

Conférence d'histoire du livre

Lundi 24 janvier 2011
16h-18h
L'apprentissage dans les métiers du livre
sous l'Ancien Régime
par
Monsieur Jean-Dominique Mellot,
conservateur en chef à la Bibliothèque nationale de France

La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage, salle 123).
Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2010-2011.

Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterand).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur ce blog).
Voir le billet sur l'iconographie et les ateliers typographiques d'Ancien Régime.